Tout va mieux, nous voilà remis en piste.

Nous sommes encore une bonne semaine en Argentine, pourtant, en arrivant dans l'extrême nord, nous avons l'impression d'être déjà passé dans un autre pays, dont Salta pourrait être la capitale.

Fini les bonnes manières et les pizzas des arrières petits fils d'italiens. Fini les grillages au rythme du tango ou les immeubles en lignes. Nous sommes maintenant sur les hautes terres, celles qui ont résisté aux invasions coloniales successives, celles où vit une population indienne peu métissée qui parle encore le queschua des ancêtres. Désormais, tout se passe au dessus de 2000m. Dans l'assiette il y a du cabri ou du lama, dans les oreilles de l'ocarina ou de la flûte de pan, et toujours des couleurs PLEIN les yeux. 

Pour prendre notre temps et voyager au plus confortable, nous louons une voiture. Dans les vallées calchaquies, entre Salta, Cafayate, et Cachi, nous nous immergeons d'abord dans les camaïeux de rouges, puis de beiges, de verts... Une infinie panoplie de paysages arides qui se tordent dans tous les sens au gré de l'eau. La verdure serpente au plus près du ruisseau, mais tente d'atteindre les hauteurs en parsemant ses cactus. A cela, les monticules d'argile répondent en s'aiguisant toujours un peu plus dès qu'il pleut, en s'effilant vers le ciel.

Avec le temps, notre regard s'affine, et dans ces immensités géologiques on distingue maintenant des habitations. Des maisons on ne peut plus écologiques! Murs en briques de terre crue, charpente en bois de cactus et bambou, et couverture de boue. Qui dit mieux?  Autour il y a des enclos,  des peaux de bêtes qui sèchent au soleil, des briques et du bois empilés... fruits d'une activité humaine récente, mais sur la piste nous ne croisons personne. Le soir venu, dans les petits villages reculés comme Cachi, çà s'active un peu autour de la boutique ou de l'église. Il y a donc des gens dans le village! C'est Charmant. C'est calme. C'est beau.

Remontons la Quebrada de Humahuaca, dans les montagnes multicolores.

Dans un champs, en contre bas, une femme rassemble un troupeau de moutons. On la repère facilement avec son chapeau, sa chemise rose vif et sa jupe bleue... Le long de la route, d'autres femmes marchent sur des kilomètres sous de gros sacs qui leurs plient le dos... Quand on s'arrête quelques part, les enfants nous assaillent, quémandent des caramelos ou vendent des bracelets... Il y a des étals d'artisanats colorés un peu partout, les visages sont tannés par le soleil et l'air vif de l'altitude, la poussière brûle les yeux, les « vieux métiers » de gardien de troupeau ou porteur sont de plus en plus fréquents...

Vers midi le vent se lève jusqu'au soir, la poussière vole dans les ruelles désertes. Sauf quand les cars de touristes pressés déversent leur chargement pour une demi heure chrono (touristes quasi tous argentins, chiliens, espagnols ou français). Au coup de sifflet du guetteur, les vendeuses réapparaissent et le marché au tissus, chapeaux, écheveaux d'alpaga ou chalangos renait... Puis... de nouveau seul, le vent balaye la rue. Jusqu'au prochain bus. Un spectacle comme un autre me direz vous. Mais il y a des défilés bien plus intéressants pour nous, ce sont ceux des villageois, qui accourent vers les échoppes tôt le matin et tard l'après midi. Défilés de paniers, de vélos, de nattes sous les chapeaux, défilés de grandes jupes...

Plus rien à voir du tout avec les entrées et sorties de métro de Buenos Aires, ni même avec le reste du pays. Nous sommes ailleurs, en transition, bien plus proche de la Bolivie et du Pérou. Nous ressentons maintenant de grandes différences entre les habitants et nous autres touristes (un peu comme au début de notre voyage). Autres préoccupations, autres conditions de vie, autres rêves...